Méthode LIBERFUMER

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Passons maintenant au cœur de la méthode. Comme le tabagisme est personnel, plus ou moins enraciné pour chacun, nous allons prendre une méthode générale, vous n’êtes pas obligé de la suivre à la lettre, vous pouvez l’adapter à votre cas, sauter des paliers concernant le jet de cigarettes et les faire plus ou moins longs, le palier type dure une semaine, le paquet de cigarettes de référence est celui de 20 cigarettes. 


Les paliers peuvent s’assimiler aux paliers de décompression en plongée sous-marine mais en sens inverse, de haut en bas comme nous allons le voir. Il faut décompresser du tabagisme d’abord mentalement avec le jet de cigarettes, c’est la première étape et ensuite, décompresser physiquement en étant sans réserve de tabac, c’est la seconde et dernière étape. 


Le fumeur vit à plus de 2000 mètres d’altitude dit un expert : « un fumeur inhaleur peut présenter un taux de carboxyhémoglobine de plus de 14% : la quantité d’hémoglobine susceptible d’assurer le transfert d’oxygène étant réduite de façon importante, tout se passe alors comme si le fumeur vivait à plus de 2000 mètres. »¹ 


Il faut passer progressivement de 2000 mètres à l’altitude où l’on vit et non brutalement sous peine de rejet, de rechute, les changements brutaux en pire ne sont jamais bien vécus. En plongée la remontée sans paliers est très dangereuse, voire mortelle. 


Le débit expiratoire est ralenti : « plusieurs chercheurs […] ont montré que chez le fumeur le débit expiratoire est ralenti du fait d’une augmentation croissante des résistances dynamiques pulmonaires ; en fait l’augmentation de ces résistances semble due à deux mécanismes associés : d’une part, l’irritation des récepteurs des voies aériennes supérieures entraînerait une constriction réflexe ; d’autre part, on peut supposer un effet indirect des produits irritants sur la musculature lisse bronchiolaire […]. On peut aussi rendre compte d’une certaine bronchoconstriction et des résistances pulmonaires relevées.  »² 


Le but final de la première étape de la méthode est d’amener progressivement le fumeur à la seconde et dernière étape, soit prendre la décision d’être sans réserve de tabac, on peut éventuellement passer directement à la seconde mais sans préparation ce sera plus difficile, mieux vaut se préparer même si c’est pendant une courte période.  

 

Si vous passez directement à la dernière étape, pour faciliter la décision, quand vous fumerez à cause d’une envie irrésistible jetez 5 cigarettes par paquet dès l’ouverture du paquet, plus si vous préférez, puis augmentez le nombre d’une cigarette à chaque nouvel achat ou après deux ou trois fois la même quantité jetée.


Si vous choisissez d’abord la première étape, pendant celle-ci vous pouvez approfondir les peines du tabagisme, mieux vous renseigner sur les cancers du tabagisme et donc mieux ancrer la décision de ne plus fumer. Quand on a un de ces cancers c’est trop tard pour arrêter plus tôt, on est forcé d’arrêter mais trop tard. Les cancers du tabagisme sont impitoyables, vivre des années avec une trachéotomie, une respiration difficile, des tuyaux dans le nez, ne pas parler normalement… Une amputation d’orteil, pied ou jambe est un drame à vie. 
  


Vous pouvez commencer par jeter une cigarette sur 20 (on fume 19 cigarettes d’un paquet de 20 et on en jette 1), vous jetez et détruisez la cigarette en la déchiquetant ou en la noyant dès l’ouverture du paquet pour ne pas pouvoir la récupérer, cela pendant une semaine. Notez la date du jet de la première cigarette et la date du début de chaque étape car on oublie facilement. 


La première fois compte toujours même si c’est imperceptible, si elle comptait pour rien la seconde et les suivantes compteraient aussi pour rien et nous n’aurions jamais d’habitude ou de contre-habitude, ici celle de ne plus fumer. 


Ce n’est donc pas parce que le jet des premières cigarettes a un effet imperceptible sur l’envie de fumer qu’il faut en conclure que c’est inefficace. De plus, n’oublions pas que le tabagisme profondément enraciné depuis longtemps oppose une grande résistance à tout changement.


Passez donc au palier suivant sans attendre que l’effet soit perceptible, il finira par l’être, il y a forcément un seuil personnel à partir duquel c’est sensible et vous ne le connaissez pas d’avance, il faut le trouver soi-même. Il y a un seuil supérieur commun à tous, par exemple jeter 19 cigarettes d’un paquet de 20 pour n’en fumer qu’une a sans doute un effet de diminution de l’envie. 


Ensuite, vous jetez 2 cigarettes du paquet dès l’ouverture du paquet pendant une semaine, plus si vous préférez. Ensuite jetez-en 3 pendant une semaine, puis 4, puis 5. Si vous trouvez que c’est trop long réduisez la durée à quelques jours ou augmentez le nombre de cigarettes jetées ou bien les deux opérations à la fois.  


Mais il est probable que vous ayez autant envie de fumer et continuiez de fumer comme avant car jeter 5 cigarettes manque de puissance et ne fait pas assez opposition à la résistance au changement, il faut donc augmenter le nombre de cigarettes jetées, 6, 7, 8, 9, 10 ou passer à 8 puis à 10 par exemple, toujours en jetant dès l’ouverture du paquet, on ne peut changer d’avis ensuite.   


Passons maintenant au problème de la fréquence des achats de paquets de cigarettes. La fréquence d’achat augmente puisque les cigarettes jetées ne sont pas fumées, on est donc en rupture de réserve plus tôt, il faut se réapprovisionner plus tôt.  L’augmentation de la fréquence risque de brusquer la maturation du projet d’arrêter et de provoquer un rejet, ainsi que de contrarier la marche régulière de la méthode car vous serez tenté de jeter moins ou rien pour que la fréquence soit la même, c’est négatif. Vous devez donc acheter plus de paquets à la fois que d’habitude pour éviter la rupture de réserve. 


Par exemple, si vous fumez 20 cigarettes par jour vous achetez normalement un paquet de 20 cigarettes tous les jours et vous avez un jour de réserve ; si vous jetez 5 cigarettes, vous devez achetez deux paquets dans la journée, un le matin et l’autre le soir par exemple, comme cela risque de contrarier la maturation et la régularité, vous achetez deux paquets à la fois. 


La priorité est d’être régulier et constant dans la pratique de jeter du tabac pour que jeter devienne une habitude, un réflexe, une obligation qui contrecarre et fasse obstacle à l’envie de fumer. Dans l’esprit du fumeur, fumer est en premier mais en voulant arrêter, c’est jeter de plus en plus de tabac qui doit être premier, on doit donc arriver au réflexe : jeter de plus en plus de tabac pour fumer.


Plus cette pratique est répétée de manière constante plus elle est efficace puisque la répétition est le fondement de l’habitude, du réflexe. L’écart est permis mais à éviter au maximum, vous serez libéré plus tôt du tabagisme. Le mieux est de s’amender, si vous fumez un paquet entier et que vous auriez dû jeter 10 cigarettes, l’achat suivant vous jetez 11 ou 12 cigarettes au titre de l’amende. 


Voyons maintenant le surcoût. Le surcoût que représente le jet de cigarettes finira par être récupéré quand vous ne fumerez plus. Si on fume 20 ou 15 cigarettes par jour, cela fait respectivement 365 et 274 paquets de 20 cigarettes par an achetés tous les ans (7300 et 5480 cigarettes). 


Si vous jetez 200 cigarettes (vous jetterez probablement moins) ce n’est que 10 paquets et plus d’achat ensuite, si vous fumez encore dix ans c’est 73000 ou 54800 cigarettes, en jeter 200 ou moins est peu de chose mais grand est l’effet, beaucoup dans peu, multum in parvum


Un traitement à la nicotine coûte environ 150 euros (plus de 10 paquets) et il est pris en charge par la sécurité sociale, c’est une erreur car on n’est pas motivé par le coût, on s’investit moins et la volonté n’est pas à un niveau supérieur, c’est donc favorable à la rechute. 

 

 

 1 O. Juilliard, Encyclopædia Universalis, 2002, t. 22, tabac, p. 77.

 2 O. Juilliard, encyclopédie citée, t. 22, tabac, p. 77.

 

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