La nicotine

 

      

 

La nicotine est un problème spécial, il faut un chapitre spécial. Nous allons voir que le tabagisme n’est pas une dépendance à la nicotine mais une dépendance au tabac.  


L’envie de fumer veut les milliers de composants de la fumée (7000 selon certaines études) dont la nicotine, les goudrons, les agents de saveurs et non de la nicotine pure isolée, elle veut aussi la gestuelle. 


L’envie ne veut aucune partie isolée, donc une partie isolée comme la nicotine ne peut annuler l’envie du tout (c’est comme si on disait qu’avaler du sucre pur va annuler l’envie de friandises, de pâtisseries… n’est-ce pas incongru, absurde ?), même quelques parties eu égard aux milliers de composants,  mais l’effet placebo peut apaiser l’envie car il peut être puissant, c’est psychologique et non physiologique. Deux chercheurs sur la dépendance à la nicotine disent ceci après avoir étudié plus de 700 études diverses sur la nicotine : 


 Nous avons établi qu’il n’y a pas une seule expérimentation connue en mesure de montrer que les êtres humains, y compris les fumeurs en situation d’abstinence, préfèrent s’autoadministrer de la nicotine (par injections en intraveineuse ou par un procédé quelconque de substitution nicotinique) comparativement au placebo (1).

 

Le produit placebo étant supposé inactif ou neutre comme de l’eau. Bien entendu, les laboratoires vont nier une telle analyse, il faut donc voir d’autres angles du problème de la nicotine.

 
 L’envie de fumer ne veut pas non plus le tout sans une ou quelques parties, une cigarette sans nicotine ou sans goudrons par exemple sera rejetée parce que l’envie a été formée avec la totalité des parties par des dizaines puis centaines de milliers de répétitions (15 cigarettes par jour avec 6 inhalations de fumée pour chacune font 32 850 inhalations par an, soit 100 000 inhalations en un peu plus de trois ans et 1 million en une trentaine d’années). On est donc dépendant de toutes les parties du tabac plus la gestuelle et en particulier de la qualité préférée que l’on peut fumer pendant des années, lustres ou décennies, on change rarement ou jamais de qualité pour une nouvelle préférée.  


Quand à l’occasion d’un dépannage, d’un séjour à l’étranger où l’on ne vend pas la qualité préférée, on fume une autre qualité que la préférée que l’on fume depuis des années (des dizaines de milliers de fois la même envie a été satisfaite par la même qualité sans aucune variation), on sent un manque à chaque inhalation de fumée de toutes les quantités et qualités manquantes de la qualité préférée, si manque du goudron (les sensations dans la trachée viennent essentiellement des goudrons), de la nicotine, un agent de saveur, de l’ammoniac, du monoxyde de carbone… on le ressent car la satisfaction est moindre. Si la durée de combustion est moindre aussi, et même un manque de gestuelle si le diamètre et ou la tendreté (tassage du tabac) de la cigarette est différente car le pinçage entre l’index et le majeur n’est pas exactement le même. Toutes ces différences incitent à revenir au plus vite à la qualité préférée et à la grande fidélité à une marque. Les cigarettiers font d’ailleurs très attention à livrer la même qualité aux fumeurs. 


Si, génériquement ou au plus haut degré, le fumeur est dépendant de la nicotine et de beaucoup comme c’est dit par les laboratoires, les autres parties ont beaucoup moins d’importance, donc il n’aura pas de marque préférée pour laquelle les parties ont une égale importance, il changera facilement de marque sans ressentir de manque du moment que la teneur en nicotine est à peu près égale,  ce qui est le cas de la plupart des marques hormis les cigarettes légères à faible teneur. Il trouvera un agrément aux différents « assaisonnements » de la nicotine avec les autres marques comme l’amateur de sucreries trouve un agrément à tous les « assaisonnements » du sucre avec toutes les friandises, bonbons, boissons sucrées, pâtisseries… sans se fixer sur aucune, bien que le sucre ne soit pas en égale quantité dans chacune. 


Il n’y a donc pas de dépendance à la nicotine comme l’affirme les laboratoires mais une dépendance au tabac et spécifiquement une dépendance à la qualité préférée, mais c’est la dépendance au tabac qui est la plus forte car si la qualité préférée n’est plus commercialisée, le fumeur n’arrêtera pas de fumer, il trouvera une autre qualité proche et  préférée sur laquelle il se fixera.  

 

Le traitement à la nicotine n’est donc pas adapté à la dépendance au tabac. La nicotine pure n’annule pas l’envie de nicotine mélangée avec les autres composants de la fumée, manque la totalité de la nicotine mélangée dans la fumée, ou  simplement, la fumée de tabac manque en totalité. 


Pour que la nicotine pure annule l’envie de nicotine mélangée, il faut qu’elle soit meilleure que la mélangée, alors il sera facile d’arrêter de fumer et difficile d’arrêter le traitement à la nicotine comme il est difficile d’arrêter de fumer s’il n’y a rien de meilleur, ou comme arrêter l’héroïne ou la cocaïne puisque la nicotine a été comparée par les autorités à ces drogues dures en termes de dépendance. Alors il y aurait des dizaines, voire des centaines de millions de nicotinomanes puisque ce serait connu de tous les fumeurs,  mais ce n’est pas le cas. En fait, ils arrêtent tous le traitement facilement car la nicotine pure est désagréable et ils ne rechutent pas, ne recommencent pas à prendre de la nicotine pure. 


On connaît seulement quelques rares cas de longue dépendance (plus d’un an) à la gomme nicotinique par peur de rechuter car il y a un  effet psychologique ou placebo, et par tic masticatoire qu’ont beaucoup de mâcheurs de gomme. La gomme est aromatisée à la menthe, aux fruits, édulcorée… pour masquer le goût désagréable, sans cela ils auraient arrêtés plus tôt.   


La nicotine pure est désagréable (assèchement de la bouche, irritation de la bouche et de la gorge, nez encombré, toux…) comme le sucre pur est désagréable, alors que la nicotine mélangée est agréable pour le fumeur. Le désagréable n’annule pas l’envie de l’agréable, au contraire il le rend plus désirable, incite donc prioritairement à rechuter pour fumer de la nicotine mélangée. Ceci à condition que l’on sache que la nicotine pure est prise en substitution de la nicotine mélangée, ce que le fumeur sait, sinon il ne ferait pas nécessairement le rapprochement. 


Si on prescrit à un non fumeur de toujours de la nicotine pure à inhaler sous un autre nom pour qu’il ne fasse pas le rapprochement avec le tabac, il cherchera à gommer le côté désagréable avec quelque chose d’agréable, une boisson, un bonbon…

 

Pour se rendre compte que la nicotine pure est désagréable il suffit d’en inhaler avec un inhalateur de nicotine vendu par les laboratoires, on ne peut devenir dépendant de nicotine pure avec ce procédé qui est le plus proche de l’inhalation de nicotine mélangée ou de la fumée de tabac, c’est la preuve définitive que la dépendance à la nicotine n’existe pas. 


Le côté désagréable de la nicotine explique que le fumeur cobaye des études en situation d’abstinence ne préfère pas s’en autoadministrer. 

 

À mesure que la dose de nicotine augmente, elle est de plus en plus désagréable, deux experts disent ceci : 


L’absorption par voie orale, de doses suffisamment élevées entraîne des sensations de brûlures, violentes et aiguës, dues à sa causticité, ainsi que des nausées, des vomissements, des diarrhées, des sensations de suffocation et d’angoisse, des contractions d’origine centrale. […] La nicotine est très toxique, une ou deux gouttes sur la langue ou l’œil d’un chien déterminent la mort immédiate (2).


 On ne peut non plus être dépendant du sucre pur car il est désagréable, mais on peut être dépendant du genre « sucre mélangé » et de ses espèces : friandises, bonbons, pâtisseries…, de même pour l’alcool pur qui est désagréable mais on peut être dépendant de l’alcool mélangé qui est agréable sans se fixer sur une espèce, bière, vin..., alors que le fumeur n’est pas dépendant de la nicotine mélangée (les multiples espèces de nicotine mélangée ne l’intéresse pas) mais de tous les composants du tabac mélangés, donc du tabac. 


Il semble que le mâcheur de feuille de coca est en amont, génériquement dépendant de la cocaïne car les cocaïnomanes trouvent « agréable » la cocaïne pure, et diluée dans la feuille, elle la rendrait  agréable. Si la nicotine était « agréable » comme la cocaïne, alors le tabagisme serait une dépendance à  la nicotine à moins que les goudrons ou autres composants de la fumée soient plus agréables. Il y a donc différentes sortes de dépendance. 


 Actuellement règne « un chaos conceptuel » sur l’addiction ou la dépendance disent les auteurs du livre cité sur la nicotine (3). Le critère « désagréable » est une limite qui permet de déterminer qu’on ne peut être dépendant à l’élément.


En 1988, le Surgeon General (Ministère de la Santé) des États-Unis a déclaré dans un rapport que le tabagisme était une dépendance à la nicotine, et que la nicotine a une puissance addictive au moins comparable à la cocaïne et à l’héroïne (4). Cette déclaration, largement reprise par les médias, s’est propagée dans le monde à la vitesse de l’éclair, chaque fumeur en a été convaincu et la fausse information court toujours. Est-ce une erreur volontaire ou par ignorance ? Difficile ou impossible à savoir puisque des secrets professionnels labyrinthiques et bien ficelés peuvent faire obstacle (5). 


L’effet morbide d’une telle affirmation autoritaire est que le fumeur pense qu’arrêter est bien plus difficile qu’en réalité car chacun sait qu’il est très difficile d’arrêter la cocaïne ou l’héroïne. Il est donc incité à ne pas arrêter, continue de fumer  et s’expose aux maladies graves et mortelles du tabagisme.  


Certaines statistiques de réussite sont habilement manipulées. Par exemple, certains laboratoires disent que le traitement à la nicotine a 70% de réussite en plus que l’arrêt sans aide. Ce qui veut dire que si 10 sur 100 n’ont pas rechuté un an après l’arrêt sans aide, 17 sur 100 n’ont pas rechuté avec la nicotine. Ce qui fait bien, par rapport à 10, 70% en plus, mais c’est trompeur puisque le fumeur pense que c’est une efficacité beaucoup plus grande que l’arrêt sans aide. Il est donc attiré par cette publicité, bien plus que si on lui dit que l’efficacité est de 17% contre 10% pour l’arrêt sans aide, ce sans parler de l’exagération commerciale du taux. La même manipulation existe pour l’hypnose, le laser, l’acupuncture…


De 2005 à 2018 et en France, environ 27 millions de fumeurs (en moyenne presque 2 millions par an), ont été traités par des traitements à la nicotine  et 2.3 millions par des médicaments, sans compter les traitements par l’hypnose, l’acupuncture…, certains ont été traités plus d’une fois et le nombre des fumeurs quotidiens est à peu près constant, de 27,5% à 25,4% en 2018 de la population française de 18 à 75 ans selon la même source que pour le nombre de traitements (6).  

 

 

 

 

 

1 H. Frenk, R. Dar, Dépendance à la nicotine, Critique d’une théorie, Les Belles Lettres, 2004, p. 4. 

2 R. Truhaut et J. M. Jouany, Encyclopædia Universalis, 2002, t. 16, nicotine, p. 192.

3 H. Frenk, R.Dar, livre cité, p. 40. L’éminent pharmacologue Jaffe illustre à merveille ce chaos conceptuel : « Le terme addiction, à l’instar du terme abus, a été tellement mis à toutes les sauces qu’il ne peut plus être utilisé sans précision ou redéfinition […] » note a de la même page.  

4 H. Frenk,  R.Dar, livre cité, p. 16. 

5 Le professeur et médecin Robert Molimard, Président et fondateur de la société de tabacologie dit ceci : « Cette théorie nicotinique de la dépendance au tabac repose sur des bases si fragiles que je la considère comme une des plus grandes impostures de notre temps. Autant la dépendance au tabac est une évidence, autant je trouve ahurissant que le Surgeon General ait pu officialiser la notion de « Nicotine addiction ». […] Une telle attitude qui suppose résolu le problème de la dépendance au tabac ferme la porte à toute recherche sur les propriétés addictives de cette plante et de sa fumée. Le rejet de la recherche académique sur le tabac par les cercles qui impulsent les politiques qui prétendent réduire sa consommation est à mes yeux la conséquence la plus grave de cet aveuglement, dont on peut se demander quelle en est la source, ignorance, naïveté, ou choix délibéré sous la pression occulte de lobbies. » R. Molimard, Préface du livre de Frenk et Dar, p. XVII.   

6 https://www.ofdt.fr/ofdt/fr/tt_19bil.pdf   Ofdt : Observatoire français des drogues et des toxicomanies

 

 

Le paquet de cigarettes

 

Menu en bas de page